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RHUMATISME
ARTICULAIRE AIGU ET ARTHRITE REACTIVE POST SREPTOCOCCIQUE : LE
RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU (RAA)
De
quoi s’agit-il ?
Tout d’abord, il faut insister sur le fait que la maladie
n’existe pratiquement plus en France métropolitaine.
Elle est surtout observée chez des enfants vivant dans
des régions à risque comme la Polynésie ou
certaines régions des Antilles.
Le rhumatisme articulaire aigu (RAA) est une infection déclenchée
par un streptocoque. Cette affection peut entraîner des
lésions cardiaques, les symptômes habituellement
se résument à une arthrite transitoire, une atteinte
inflammatoire du cœur ou des anomalies des mouvements que
l’on appelle chorée, éventuellement une éruption
cutanée ou des nodules sous cutanés.
Cette
maladie est elle fréquente ?
Dans le passé c’est le mode épidémique
et l’agrégation de cas dans certaines communautés
qui ont suggéré qu’il puisse s’agir
d’une infection avant l’ère des antibiotiques.
On a assisté dans le monde à une diminution très
importante de l’incidence de cette affection après
l’utilisation très large de la Pénicilline
pour le traitement des angines, ainsi que le traitement prophylactique
chez les patients atteints de cette maladie infectieuse. Le RAA
atteint l’enfant entre 5 et 15 ans avec une incidence maximale
aux alentours de 8 ans. Dans les pays en voie de développement
cette maladie reste un véritable problème de santé
publique en raison de l’atteinte cardiaque en particulier
chez les jeunes enfants pour lesquels la récurrence des
épisodes infectieux est susceptible d’entraîner
des dommages cardiaques. Dans les années 1980 cette maladie
a resurgi dans certaines régions des Etats-Unis. En raison
des manifestations articulaires, le rhumatisme articulaire aigu
trouve sa place dans la description des maladies rhumatismales
de l’enfant et de l’adolescent.
Quelles
sont les causes de cette affection ?
Le rhumatisme articulaire aigu résulte d’une anomalie
de la réponse immunitaire chez des sujets génétiquement
prédisposés au cours d’une infection ORL par
une variété de streptocoque. La réponse immunitaire
se dirige alors non seulement contre le microbe mais aussi contre
certains organes et tissus du patient. Une histoire infectieuse
respiratoire a pu précédé le début
de la maladie avec une période asymptomatique qui peut
être variable. C’est ce mécanisme et cette
histoire infectieuse qui constituent le principe même du
traitement et de sa prévention. Une infection rhino-pharyngée
par le streptocoque est très commune dans la population
générale. Mais seulement une toute petite minorité
de patients vont développer la maladie. Le risque augmente
chez les enfants qui ont déjà présenté
un antécédent de rhumatisme articulaire aigu en
particulier dans les trois mois qui ont suivi le premier épisode.
Est-ce
une maladie héréditaire ?
Le RAA n’est pas une maladie héréditaire,
ne peut pas être transmis directement des parents à
leurs enfants, ceci n’exclut pas cependant qu’il existe
des facteurs génétiques qui sous tendent la physiopathologie
de cette maladie.
Pourquoi
mon enfant a t –il contracté cette maladie ? est-ce
qu’il existe une prévention ?
Les facteurs de l’environnement et streptocoque sont des
facteurs très importants pour le développement de
cette maladie mais il est bien difficile de prévoir les
patients à risque. Il s’agit en fait d’une
réponse immunitaire inadaptée contre les constituants
de ce microbe, le streptocoque, qui ressemble en quelque sorte
aux tissus de l’organisme humain. Seulement certaines souches
de streptocoques sont impliquées. La promiscuité,
le paupérisme, les facteurs de surpopulation constituent
des facteurs importants dans la transmission de la maladie. La
prévention du RAA repose sur l’identification rapide
et sur le traitement antibiotique d’une infection par le
streptocoque de la sphère ORL.
S’agit-il d’une maladie contagieuse ?
Non à proprement dit. Ce qui est contagieux est la pharyngite
elle même à streptocoque avec la transmission d’une
personne à une autre du microbe en particulier au sein
de la famille, à l’école, ou ce qui a été
observé il y a quelques années, dans des bases militaires.
Quels
sont les symptômes principaux ?
A la suite d’une pharyngite ou d’une angine streptococcique
non traitée ou incorrectement traitée, les symptômes
vont apparaître : « pharyngite, angine », associant
une fièvre, des maux de gorge, des maux de tête,
une coloration rouge du palais, des amygdales inflammatoires augmentées
de volume avec des sécrétions purulentes, et des
ganglions douloureux. Mais ces symptômes peuvent très
discrets ou totalement absents en particulier chez l’enfant
d’âge scolaire et chez l’adolescent.
Après
une période asymptomatique l’enfant va développer
de la fièvre et les signes majeurs de la maladie dits les
signes cardinaux.
-
Une arthrite baptisée de fugace peut concerner toutes les
articulations, les genoux, les coudes, les chevilles, les épaules.
Cette inflammation passe d’une articulation à une
autre, les atteintes des poignets et de la colonne vertébrale
étant les moins fréquentes. Cette atteinte articulaire
peut être très importante mais les signes inflammatoires
locaux en particulier le gonflement articulaire peut être
très discret.
- L’ aspirine ou les autres anti-inflammatoires non stéroïdiens
sont très efficaces sur la fièvre.
- On parle de cardite pour désigner l’inflammation
cardiaque. Bien sûr c’est la manifestation la plus
sérieuse du RAA avec une accélération du
pouls malgré le repos ou le sommeil, symptôme important
qui doit faire suspecter une cardite rhumatismale. On doit rechercher
des souffles cardiaques par l’auscultation parfois très
subtils, parfois au contraire très bruyants qui indique
l’inflammation des valves « endocardite ». Si
cette inflammation concerne le sac dans lequel est le cœur
on parle de péricardite avec parfois du liquide qui peut
se collecter autour du cœur mais cette atteinte est habituellement
silencieuse et disparaît spontanément. Dans les cas
les plus sévères, en particulier en cas de «
myocardite », c’est l’inflammation de la pompe
cardiaque qui va rendre compte des douleurs thoraciques, d’un
pouls très accéléré et de difficultés
respiratoires. L’intervention d’un cardiologue, l’électrocardiogramme
et d’autres tests sont nécessaires.
- On parle de chorée pour désigner des mouvements
anormaux particulier « la danse » en grec ancien.
Ce symptôme particulier est lié à une inflammation
d’une partie du cerveau qui contrôle la coordination
des mouvements, - chez l0 à 30% des patients ; la chorée
survient beaucoup plus tard au cours de la maladie, souvent l
à 6 mois après l’infection pharyngée.
Les signes précoces sont des difficultés à
l’écriture, à s’habiller tout seul,
à même marcher avec la sensation de mouvements involontaires
totalement anarchiques. Les mouvements peuvent disparaître
pendant le sommeil et s’exacerber au contraire par le stress,
la fatigue, l’émotion. Ils peuvent entraîner
une diminution des résultats scolaires en raison d’une
mauvaise concentration et de l’anxiété. Ils
peuvent être méconnus et mis sur le compte de troubles
du comportement.
- Les érythèmes « marginés »
constituent une éruption très transitoire sur le
tronc avec de petites tâches à centre clair qui s’étendent
et des bords assez rouges qui ressemblent à des mouvements
d’un serpent d’où le terme de « serpigineux
». Les nodules sous cutanés sont des nodules en grains
de riz, mobiles, non douloureux, avec une coloration de la peau
en regard qui est normale et habituellement au niveau des articulations.
Ces différents signes sont présents dans moins de
5% des cas et peuvent être méconnus en raison de
leur apparence très transitoire et parfois très
modeste. D’autres signes qui sont parfois notés par
les parents, de la fièvre, de l’asthénie,
la perte d’appétit, la pâleur, douleurs abdominales
et saignements de nez qui peuvent survenir au moment de la maladie.
La
présentation clinique de cette affection est-elle semblable
d'un enfant à un autre ?
Non. La forme la plus habituelle est l'existence d'un souffle
chez un enfant d'âge scolaire ou un adolescent qui présente
une arthrite et une fièvre. Ce sont les plus jeunes qui
se compliquent de cardite tandis que les symptômes articulaires
sont les plus modestes. La Chorée peut être isolée
ou associée à la cardite. De toutes les façons
la recherche de cette complication cardiaque est systématique
quelle que soit la présentation clinique. Le début
de la maladie et l' évolution sont très variables
quel que soit le traitement.
La
maladie est-elle différente chez l'adulte ?
Le rhumatisme articulaire est une maladie de l'enfant d'âge
scolaire et des jeunes patients de moins de vingt-cinq ans. Elle
est exceptionnelle avant l'âge de 3ans et la plupart des
patients ont entre cinq et 19 ans. Des poussées peuvent
survenir plus tard dans la vie de l’adulte en particulier
en cas de mauvaise adhérence à l'antibiothérapie
prophylactique.
Comment
en faire le diagnostic ?
Il
n'y a pas de tests spécifiques, et l'on se base sur des
critères cliniques baptisés critères de Jones,
médecin qui les a décrits et regroupés en
critères majeurs et en critères mineurs. Un enfant
suspect de rhumatisme articulaire aigu doit être confié
à un pédiatre-rhumatologue connaissant cette maladie
qui recherchera les critères diagnostiques et confiera
éventuellement le patient au cardiologue en cas d'atteinte
cardiaque
Les
arthrites réactives post-streptococciques constituent en
quelque sorte une forme dégradée de rhumatisme articulaire,
: l'arthrite est habituellement la seule complication de l'infection
streptococcique.
Un
certain nombre de tests biologiques est important pour le diagnostic
et pour le suivi. Comme dans toutes les maladies inflammatoires,
des signes biologiques sanguins d'inflammation sont présents
chez pratiquement tous les patients saufs en cas de chorée
strictement isolée. On doit exiger la preuve d'une infection
streptococcique : streptocoque dans la gorge par des prélèvements
mais le microbe a souvent disparu au moment de l'installation
de la maladie. Des dosages sanguins permettent de démontrer
la présence d'anticorps dirigés contre le streptocoque.
L'élévation des titres c'est-à-dire la quantité
d'anticorps circulant à deux semaines puis à quatre
semaines peuvent indiquer une infection récente. Il faut
savoir que ces tests biologiques peuvent être normaux en
particulier en cas de chorée isolée ce qui rend
le diagnostic particulièrement difficile. Des valeurs élevées
d'antistreptolysines "ASO" signifie simplement que l'individu
a été exposé à la bactérie,
que celle-ci a stimulé son système immunitaire à
produire ces anticorps, mais ce test positif ne signifie pas que
le rhumatisme articulaire est présent. Une élévation
modérée des ASO, surtout s’il n’y a
aucun des critères de Jones, ne permet pas de faire le
diagnostic de RAA.
Comment
détecter une cardite ?
L’auscultation
met en évidence l'apparition d'un souffle. L'electrocardiogramme,
qui enregistre l'activité électrique du coeur apporte
des renseignements intéressants ainsi que la radiographie
de thorax en particulier lorsqu'elle montre une augmentation du
volume cardiaque. L'échographie doppler, méthode
par ultrasons est très sensible pour dépister une
cardite. Tous ces tests se sont absolument indolores, le seul
inconfort est que l'enfant doit rester un peu tranquille pendant
cet examen.
Quelle doit être la durée de la prévention
secondaire.
L‘Histoire naturelle de la maladie dans le passé
a montré que le risque de récidive est particulièrement
élevé dans les 3 à 5 ans qui suivent le premier
épisode et le risque de développer une cardite augmente
avec la survenue de nouvelles poussées. Pour toutes ces
raisons une prévention secondaire des infections streptococciques
est recommandée pour tous les patients qui ont un RAA quelle
que soit la sévérité de la présentation.
La plupart des médecins s'accordent à proposer une
prévention par les antibiotiques au moins cinq ans, ou
jusqu'à ce que l'enfant atteigne l'âge de dix-huit
ans. En cas d'atteinte cardiaque , cette prévention est
recommandée jusqu'à l'âge de 40 ans. La prévention
des endocardites bactériennes avec les antibiotiques est
obligatoire pour tous les patients qui présentent une anomalie
de la valve cardiaque et qui doivent subir des soins dentaires
ou une chirurgie. Les bactéries peuvent en effet migrer
de la bouche et se fixer sur les valves endommagées et
entraîner une infection cardiaque très grave.
Quels sont les contrôles nécessaires ?
Des examens répétés et des tests biologiques
sont nécessaires pendant la poussée. Le suivi est
particulièrement rapproché en cas de cardite ou
de chorée. Après la rémission des symptômes,
il faut mettre en place un traitement antibiotique prophylactique
et suivre régulièrement les patients à la
recherche d'atteintes cardiaques tardives.
Combien de temps la maladie va-t-elle durer ?
Des principaux symptômes de la maladie sont limitées
dans le temps, cependant que le risque de nouvelles poussées
demeurent en particulier pendant les 5 ans qui suivent le premier
épisode. Les antibiotiques données de façon
préventive sont obligatoires pour empêcher la survenue
de récidive.
Quel
est le pronostic à long terme de la maladie ?
Les récidives sont imprévisibles à la fois
dans le temps mais une atteinte cardiaque à la première
« attaque » est un risque plus important d'aggraver
cette situation bien que une guérison complète de
l'inflammation cardiaque peut survenir dans certains cas. Au contraire
au maximum des dommages tissulaires très importants peuvent
nécessiter un remplacement valvulaire par chirurgie à
coeur ouvert.
Est-ce
que l'on peut en guérir complètement ?
La guérison complète est possible sauf si la cardite
a entrainé des lésions des valves cardiaques importantes.
Et
la vie de tous les jours ?
L'aide aux familles pendant les attaques est nécessaire
en particulier si l'enfant a une cardite ou une chorée.
L'arthrite est habituellement peu importante, répond de
façon favorable aux anti-inflammatoires non stéroïdiens.
L’arthrite n’entraîne jamais de séquelles.
Quand les principaux symptômes disparaissent et qu'il n'y
a pas d'atteinte cardiaque au contrôles pratiqués
régulièrement il n'y a pas de recommandations spéciales
pour les activités de tous les jours, l'école, le
sport ou les vaccins. Comme la symptomatologie est somme toute,
assez limitée, le souci le plus important est de faire
comprendre l'importance des antibiotiques prolongés et
la l’adhérence absolue au traitement antibiotique.
Les services médicaux tels que les PMI, la santé
scolaire ont un rôle important à jouer. Les informations
sont bien nécessaires en particulier pour les adolescents
qu'il faut convaincre et les parents doivent être eux-mêmes
très informés et parties prenantes pour les soins
de leur enfant.
L’ARTHRITE
POSTSTREPTOCOCCIQUE
De
quoi s'agit-il ?
Chez l'adulte et chez le jeune enfant, sont décrites des
arthrites associées à une infection par le streptocoque
qui ne remplissent pas tous les critères du rhumatisme
articulaire aigu. L'atteinte articulaire se développe très
rapidement après l’angine, sur les mains en particulier
les doigts. Les anti-inflammatoires sont peu efficaces. La durée
est parfois prolongée pendant quelques mois, ce qui fait
que ces manifestations simulent d'autres manifestations inflammatoires
articulaires. Le diagnostic repose sur la preuve d'une infection
streptococcique récente. Quelques-uns de ces patients vont
développer une atteinte cardiaque ; la plupart des médecins
considèrent alors que l'arthrite post-streptococcique est
une variante du rhumatisme articulaire aigu et qu'à ce
titre la prévention antibiotique et la surveillance cardiaque
sont également de mise.

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